• Obskure

Les sorties du mois de juin



- Rikhter – Rik1 – R Label Group (6.06.2019)

Au fil des sorties, le label de Kobosil a su créer une identité musicale très reconnaissable, et ac- cueille ainsi en toute logique Rihkter, qui se fond parfaitement dans la ligne artistique de R Label Group. Cette figure encore assez mystérieuse ne prend pas de pincettes avec cet ep qui débarque comme un boulet de canon. Le mystère et le secret sont ainsi les fils conducteurs de cet EP, tant dans le choix des noms des morceaux que les ambiances qui en émanent. Le premier track, R-23, tire son nom d'un canon soviétique (Rikter R23) dont l'utilisation relevait du secret militaire. Une voix masculine marmonne en fond sonore quelques phrases en russe, et fait planer une présence fantomatique par dessus un rythme très dynamique et l'ambiance froide du morceau. Phiom Enhah est un titre que les oreilles attentives ont certainement déjà dû entendre à plusieurs reprises au cours des dernières semaines. Dopé par une incantation presque macabre dont la litanie vous ensorcelle, il devient difficile d'ou- blier ce morceau qui vous colle à la peau. Non votre enceinte n'a pas un problème, Defender commence bien par un bruit de saturation, comme si on triturait un câble défectueux. Ce morceau sorti des profondeurs les plus obscures. A la mélodie hantée s'ajoute une sirène, qui, tel un tocsin, an- nonce une catastrophe imminente. Salt II file encore plus la métaphore militaire (Salt II est en effet le nom d'un des accords entre l'URSS et les Etats-Unis concernant la limitation des armes nu- cléaires), ce morceau est représentatif de l’EP dans son ensemble : une BO de la guerre froide, à l’atmosphère pesante et anxiogène.




- Remco Beekwilder – Culture Vulture – Emerald (7.06.2019)


Ce premier LP est ponctué de trois excellentes collaborations, et signe ainsi une des meilleures sorties de cette première moitié d'année. On assiste à tout un jeu de correspondances et de retour de motifs qui reviennent tout au long de l'EP : sirènes, rythmes breakés, beaucoup de voix aux traitements spécifiques, pitchées, chantées, plus graves ou robotiques. On a ainsi vraiment l'impression d'écouter la progression d'une histoire au fur et à mesure du déroulement des morceaux, et, dans cet LP d'une grande cohérence, plusieurs ensembles se dessinent :

Tout d'abord, des morceaux qui s'inscrivent dans une techno puissante et martiale, marquées par la profondeur des kicks, qui caractérise nombre de productions de l'artiste hollandais. C'est le cas de Culture Vulture, le morceau d'ouverture, aux rythmes très breakés, et dont l'aura torturée qui en émane est programmatique du reste du LP. Breakwilder et Breakwilder (Terror mix) instaurent une atmosphère guerrière, le synthé monte en puissance, amenant à une composition plus efficace que le plus convainquant des discours pour motiver les troupes à s'enfoncer plus loin dans la rave. A cela s'ajoutent des tracks comme Midnight Marauders, ou la collaboration avec Stranger sur Anybody out there, qui sont deux productions aux ambiances sombres et inquiétantes. Le tout est aussi ponctué de titres plus courts, à l'image de Federal Signal, qui, reprenant une structure breakée, s'ouvre sur le signal d'alarme d'une sirène. Sirène que l'on retrouve de façon plus ponctuelle sur le percutant Skeemask, à l'atmosphère presque militaire drainée par le roulement des tambours. Petite surprise sur Hallpower avec un sample (tiré de Yo Soy Cubano de The Chakachas) qu'on a déjà pu retrouver dans d'autres genres musicaux, puisqu'il ouvre notamment Backseat Freestyle de Kendrick Lamar. Primal Symphony propose une collaboration avec Tim Tama, dont on retrouve la patte à travers la montée de la mélodie qui résonne au loin comme écho.


Dans cette ambiance de dernière rave avant la fin du monde, se glissent quelques moments d'épiphanie. Il en est ainsi de Flower Warfare (x Nur Jaber) ; les kicks sont très marqués, et le morceau, nourri par un chant qui tient du sublime, évolue vers une texture plus atmosphérique et céleste, pour un rendu extrêmement poétique. Porté par une voix cristalline, Hold My Hand adouci encore plus l'ensemble, et la mélancolie joyeuse qui en émane est aussi douce que la caresse d'un rayon de soleil. Dans Universe of Memories, les lyrics scandés pas la voix pitchée par dessus la rythmique breakée, rappellent l'impossibilité d'échapper à la nostalgie. L'ensemble se termine avec Far Away From Yesterday, morceau le plus court, à peine plus d'une minute, qui clôt le LP sur une envolée. Un titre reste tout de même assez inclassable, et témoigne de l'habileté avec laquelle le producteur syncrétise de nombreuses influences. Tripwire fait en effet figure d'ovni dans l'économie générale du LP ; le rythme est lent, proche du triphop, pour un résultat assez sensuel et érotique mais non moins angoissant.




- I Hate Models – L'Age des Métamorphoses – Perc Trax (21.06.2019)


Un album extrêmement attendu, qui frappe avant tout par sa densité, tant au niveau de la longueur des morceaux (entre 6 et 9 minutes) que de la progression à l'oeuvre au sein d’un même track. Sur The Beginning Of The End, par exemple, morceau d'ouverture, une voix feminine prend en charge le récit, accompagnée d'une note de basse répétée au début de chaque mesure, qui instaure une tension progressive. La deuxième partie du morceau brise les barrières entre les genres musicaux, les drums sont en effet dignes d'un morceau de métal, et les cris de guitare profondément rock. Cette première pièce constitue en cela une excellente introduction au reste de l'album, qui s'annonce dès le départ imprévisible, hybride, caractérisé par la perfection du détail. Il y a même quelque chose de presque théâtral dans l'enchainement et la composition des morceaux.


Il en est ainsi de Impossible Love qui sonne comme la mise en musique du monologue déchirant d'un amour torturé, qui exprimerait la souffrance intérieure d'un être robotique. A cette plainte saturée et étrangement jazzy, succède la colère, traduite par une explosion à la limite du gabber. Chaque morceau constitue ainsi un acte singulier, une étape qui sert au déroulement de la narration déployant des thèmes récurrents comme l'amour, les relations charnelles, et bien sûr l'expression de la souffrance intérieure, un album qui semble donc très marqué par la tonalité élégiaque. Les textures sont par ailleurs marquées par une extrême richesse, opérant un syncrétisme entre composition orchestrale et violence brute. On retrouve cette énergie punk sur Romantic Psycho, le premier morceau du LP à être sorti sous forme de clip (réalisé par le VJ Holy Bottom), et deuxième son de l'album sur lequel IHM pose sa voix. Certains tracks usent de la saturation (Sexual Tension, Fade Away), ou explorent davantage la destructuration, (Partner in Crime). Quoiqu'il en soit l'indus de I Hate Models est aiguisée, elle frappe, et ébloui par son éclat. Le cinglant The Night Is Our Kingdom, ou encore Crossing de Mirror rentrent directement dans la ligne artistique et les sonorités de Perc Trax. Mais c'est sans compter sur le brouillage de pistes dans lequel nous sème le producteur, quipose sa voix sur ce morceau (Crossing The Mirror), à la fois hypnotique et lancinante, conférant un côté assez rock à l'ensemble. De même, sur Shiny Razor Blades, la même voix féminine que celle du morceau introductif évoque, les peurs de son intériorité sur fond d'une indus tribale portée par une ligne de basse saturée. Un passage plus lumineux vient étoffer encore davantage le morceau, qui prend alors une autre direction, celle de l'émotion, voire de l'apaisement. La mélodie s'immisce ainsi souvent là où on ne l'attend pas, provoquant presque un twist dans la composition. I Hate Models navigue ainsi entre violence industrielle et douceur synthétique, et cette beauté des harmonies plane sur tout l'album ; harmonies qui peuvent être à la fois majestueuses, et traduire une sensation de grandeur, comme sur The Beginning Of The End, mais dont la majesté reste parfois emprunte d'une certaine fragilité comme sur You are not alone, où la mélodie envoûtante enveloppe d'un spleen délicat la brutalité des percussions.


About .

Sinners Magazine is an online editorial content dealing with European subcultures and the electronic music scene.
.

Sinners Magazine est un contenu éditorial en ligne traitant des sous-cultures européennes et de la scène musicale électronique.

Contact .
  • Facebook
  • YouTube
  • Instagram
  • Twitter

© 2020 all right reserved to

Sinners Magazine