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  • Axel CLZ

Concrete est mort, VIVE CONCRETE !


HOMMAGE – Un tremblement de terre. Les mots sont forts mais décrivent parfaitement ce que chacun d’entre-nous avons ressenti à l’annonce de la fermeture d’un club que l’on a vu naître, s’épanouir et obtenir ses lettres de noblesse, aussi bien auprès du public que des autorités. Au fil des ans, nous avons tissé un lien personnel, presque charnel avec Concrete, sa barge, ses équipes, ses artistes et son atmosphère particulière, unique. Cette dernière s’en est dégagée une dernière fois ce week-end, au cours d’un incroyable marathon de cinquante heures, clôturant ainsi l’aventure Concrete sur une apothéose. Aux hommes et femmes qui, par leur passion et leur dévouement personnel, ont fait rayonner la nuit et la scène parisienne pendant ces sept dernières années, nous vous dédions ces quelques mots.


Lorsqu’on évoque Concrete, nos souvenirs les plus intimes refont surface et on pense immédiatement à l’after du dimanche. Exploitant alors un créneau atypique et sans concurrence, Concrete brise les codes du clubbing « traditionnel » en débarquant avec un format inédit : l’after dominicale le long du Quai de la Rapée vient de naître et fait ses preuves auprès du public dès 2013. Concrete débarquait alors avec un pari fou, celui d’imposer des soirées pointues pour amateurs de techno et le tout à une époque où les after(s) parisiennes étaient alors synonymes de néant : Rien n’existait, tout restait à faire.


Arrivé à point nommé, Concrete réussit un tour de force sans précèdent et impose un nouveau format qui mobilise à la fois les passionnés de la première heure - ceux qui tapaient déjà du pied à l’orée des années 2000 - et les plus jeunes d’entre-nous, fraîchement initiés à la culture techno au tournants des années 2010. Telle une transmission de témoin, on s’enrichissait puis s’enivrait du lieu, de ses artistes mais surtout de son public atypique et expérimenté. Une réelle ambiance de « village » régnait sur la barge et tous les week-ends on revoyait régulièrement des visages qui nous étaient familiers, parfois même on tissait des liens d’amitié et même d’amour. Un membre de Surpr!ze nous confiait « qu’on ne se rendait pas compte à quel point nous avions passé des moments inoubliables sur cette barge. Pas plus tard qu’hier un de mes amis me racontait qu’il avait rencontré son mec là-bas ! ». Concrete, c’était avant tout un formidable espace de sociabilité et de convivialité. Le dimanche était devenu à nos yeux bien plus sacré qu’il ne l’était pour les Chrétiens et on avait l’intime conviction d’appartenir enfin à une communauté, partageant un même savoir-vivre de la fête.


Jusqu’alors, la capitale française était caractérisée par un manque d’attractivité nocturne manifeste. La mairie de Paris - qui lance en 2012 une série de consultations suite à la pétition Paris : Quand la nuit meurt en silence - s’entiche rapidement des équipes de Surprize et de leur manière d’appréhender la nuit, dans l’espoir de redynamiser la vie nocturne et culturelle de la ville. Concrete devient alors un argument com’ de taille dans la promotion de la nuit parisienne à l’étranger et acquiert rapidement une renommée mondiale. En 2015, Concrete commence à côtoyer les sommets et après seulement quatre ans d’existence, on parle d’un chiffre d’affaire dépassant le million, d’une trentaine de salariés et un savoir-faire français en matière de techno désormais bien établi. En révélant la richesse d’une scène électronique jusqu’alors insoupçonnée, l’équipe de Surpr!ze est parvenue à faire taire définitivement ceux qui doutaient de la vitalité nocturne de notre capitale. Elle faisait désormais ombrage à de hauts-lieux de la musique électronique européenne, à l’instar de Berlin, Amsterdam ou bien encore Londres.


Vivant des jours heureux et bien que fondé sur une identité profondément underground, le concept s’est inévitablement étiolé ces dernières années et certains puristes étaient déjà nostalgiques des débuts, une époque était déjà passée. Mais c’est le propre de toute chose novatrice de traverser d’intenses phases de liberté puis de régulation et enfin de pérennisation, abîmant forcément au passage l’euphorie et la magie des premières heures. Concrete n’a fait que s’inscrire dans la vie nocturne parisienne pour mieux s’y institutionnaliser, à l’instar du Rex Club, autre club mythique de la capitale.


Clôturant ainsi définitivement ses portes ce lundi et après plus de sept ans de règne sur la nuit parisienne, de ce temple de la musique techno nous n’en retiendront pas le ridicule litige financier et juridique qui l’a contraint à quitter les lieux, mais simplement l’audace et la passion qui a - et qui continuera - à animer cette formidable équipe. Cette dernière lui survivra car c’est tout un écosystème qui gravite autour de ce club et de son staff. Concrete n’était qu’un composant d’un monde vaste et diversifié, bien qu’il n’en demeurait pas moins l’un des maillons pionniers et à cet égard, nous lui devons beaucoup.


C’est bel et bien la fin d’une époque émaillée de moments inoubliables, au sein d’un club mondialement reconnu, aussi bien pour l’énergie qui s’en dégageait que pour l’originalité d’un lieu sans pareil. Au-delà d’être un simple espace de fête, Concrete c’était toutes les choses que Surpr!ze y a construite depuis des années : une vision artistique, une manière d’appréhender la fête, un public, une famille et surtout une équipe passionnée et acharnée, qui a sacrifié beaucoup de choses pour créer un espace unique dans Paris et de par le monde. Malgré la dureté et la grande tristesse qui traverse le staff, émerge toujours ce besoin d’aller de l’avant et de se demander si ce n’est pas l’occasion, l’opportunité de regarder vers l’avenir. Ainsi, ce final en apothéose vient clôturer une belle et fructifiante épopée, tel un ultime pied-de-nez au propriétaire de la barge. Ce n’est pas une fin ni un adieu mais une naissance, un nouveau chapitre, avec toujours la même envie : celle de proposer quelque chose de différent et d’unique comme seul Concrete avait su le faire ces sept dernières années.